Saturday, June 03, 2006


J’appréhendais. Nan, sérieux, je redoutais vachement. Je m’étais préparée, pourtant. J’avais passé l’été à accumuler de la chaleur sur ma peau, en bronzant sur la plage. J’avais acheté un manteau tout noir, très chaud, des gants, une écharpe, de l’azur en boîtes de conserve. J’avais essayé de me motiver, en me répétant : allez, courage, the only way out is through. C’est juste un peu de neige, un peu de grisaille et d’ennui, t’es plus forte que ça quand même. Pis tu sais, si y a trop de nuages dans le ciel et dans ta tête, ta qu’a souffler un bon coup, ça fait du vent, ils partiront.
Ca a pas été facile, certains jours j’ai cru que j’arriverai pas au bout, jte jure. Comme un tunnel que t’a l’impression qu’il va jamais finir. Et puis, à force de reggae, de patience et de pugnacité, j’ai gagné. J’ai passé l’hiver. Là, je suis vivante, enfin. Avec quelques kilos en trop et le moral sérieusement entamé : la faute à novembre, décembre, janvier, février et les autres. Mais je suis vivante : le soleil est là, il est revenu. Il m’a pas oubliée, il s’est pas perdu en route, il a tenu sa promesse. De retour, enfin. Les débardeurs. Les épaules nues, doucement brûlantes de trop de lumière. Les robes courtes, fines et légères, légères, légères. Les glaces. Le sel de la mer qui piquote au coin des yeux. Les grains de sable dans les cheveux. Les jambes bronzées. L’odeur de la Biafine sur les coups de soleil. Le goût de la mer quand je bois la tasse. Les courants d’air entre les doigts de pieds. La lumière qui se faufile partout, même à travers mes paupières fermées. Les grasses mat’ jusqu’à 18h. Le bruit des vagues dans les coquillages et des coquillages dans les vagues. La citronade glacée. Les tongs en plastique fluo. Le balancement serein du hamac. La tequila paf et les petits déj au Ricard. Les étoiles filantes, surtout quand tu les vois en double. Le train qui roule, roule, roule dans la nuit d’été, vers le Sud, vers l’Espagne, vers des rythmes enflammés. Les nuits qui sont trop courtes pour contenir nos fêtes. Les restes de pâtes mangées froides, qu'on bouffe avec les doigts. L’insouciance et la liberté.
A moi l’été…

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